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Introduction finale

Deux mois très exactement après mon retour du japon, comment commencer un article qu’on n’a pas envie d’écrire ? Pas que je me sois lassée de vous raconter le Japon, il y a encore tellement à dire ! Non, écrire ce dernier article, c’était aussi accepter que cette vie qu’on s’est construite de bout en bout pendant six mois seule au bout du monde, cette vie là, est terminée. Et forcément, c’est pas évident. Donc forcément, j’ai mis du temps à m’y mettre sérieusement. (Pour ma défense j’avais aussi mille choses à faire, toutes aussi reloues passionnantes les unes que les autres, pas internet, et beaucoup de séries à binge-watcher)

Mais surtout, autre raison pour laquelle j’ai traîné : la dernière ville que j’ai visitée et que je voulais aborder est Kyoto, et il y a tellement à voir et à faire qu’il est difficile de savoir par où commencer pour vous en parler.

Kyoto, la ville de tous les possibles

Kyoto, c’est plus de 1600 temples et 400 sanctuaires, avec de belles choses à voir et savourer à chaque coin de rue. Je ne connais personne qui soit déjà allé à Kyoto et ait pu dire après : « J’ai vu tout ce que je voulais voir, c’est sympa comme petite bourgade mais on fait vite le tour ». Quelle que soit la durée de votre séjour, il y aura TOUJOURS des éléments que vous n’aurez pas le temps ou l’occasion de voir. Et ça peut paraître paradoxal, mais c’est assez génial de se dire qu’on pourra toujours y découvrir quelque chose de nouveau. Rangez votre frustration, ouvrez les yeux, et vous serez assurés d’y passer un bon moment !

Fidèle à moi-même je suis arrivée à Kyoto un soir sans avoir aucune idée de ce que je voulais y faire. Plus exactement : j’y suis arrivée après une journée à Nara, ville voisine qui héberge de nombreux et sublimes temples et sanctuaires. A mi-chemin entre Osaka et Kyoto, j’y ai donc fait une étape lors d’une après-midi. Il faut savoir que Nara n’est pas seulement remplie de temples, mais également de biches et cerfs ! Les bestioles sont partout partout partout, et sont malheureusement maltraitées par les hordes de touristes avides de faire comme bon leur semble avec ces animaux, pour ramener un selfie de qualité à la maison. Ça mettait un peu le malaise d’assister à ce triste spectacle, mais les temples et sanctuaires de la ville sont splendides et valent le détour ; d’autant plus qu’on a largement le temps de faire tous les monuments principaux en se baladant tranquillement pour une demi-journée. Le tout est entouré d’une belle forêt, pour une ambiance boisée pas désagréable.

Le soir venu, une fois installée dans ma petite auberge à Kyoto en plein quartier des Geishas, il était temps de mettre au point un plan d’attaque pour mes cinq jours passés en ville. Je ne vais pas vous faire la liste de toutes mes visites, je ne pense pas que ce soit une priorité pour vous de savoir si j’ai visité le Kinkakuji ou le Nishi-Honganji pour ma première ou ma dernière journée. Si certains sont néanmoins à la recherche d’itinéraires, je me suis inspirée de celui de Two Gaijin Girls, customisé avec les suggestions qui me faisaient envie sur Inside Kyoto. Étant donné que la ville regorge de jolis coins à découvrir, il y a autant d’itinéraires que de visiteurs ! La plupart des temples et jardins sont classés patrimoine mondial de l’Unesco, et donc payants, à vous de faire votre sélection en fonction de vos envies et de votre budget.

Une des spécialités culinaires de la ville est le thé matcha, une poudre fine de thé vert utilisée notamment pour les cérémonies du thé. Un mets raffiné dont je raffole – je peux manger n’importe quel aliment assaisonné au matcha – et je m’en suis donc donné à cœur joie ! Pas loin de Kyoto se trouve même Uji, a.k.a « Matcha Town » : une très jolie bourgade dédiée au matcha où j’ai pu dévorer tranquillement pendant une demi-journée tout un tas de délicieux mets au matcha. Si ce goût amer n’est pas trop votre tasse de thé *pun intended* Uji abrite aussi le superbe temple bouddhiste Byodo-in, que l’on voit sur les pièces de 10 yen – le musée du temple est d’ailleurs très bien fait et vaut qu’on s’y arrête un moment, si vous n’êtes pas pressés.

Avis aux fans, on trouve à Kyoto le Kyoto International Manga Museum, actuellement le seul musée dédié au manga dans l’archipel nippon – mais plus pour longtemps apparemment ! L’entrée n’est pas donnée, mais j’ai eu la chance d’y aller un jour où c’était gratuit car le musée exposait les œuvres des étudiants diplômés de l’université de Seika. Pour être honnête, il s’agit plus d’une bibliothèque géante que d’un musée : les murs sont recouverts d’étagères remplies de la plus imposante collection de mangas du pays. Tous les ouvrages sont en japonais, donc si vous ne vous intéressez pas plus que ça aux mangas et/ou que vous ne lisez pas le japonais, l’intérêt peut s’avérer assez limité pour vous. Cela étant dit, j’ai bien évidemment adoré me promener dans les rayons pour lire en japonais des tomes de séries que je connaissais bien en français ! Dans ma tête c’était “I have no idea what I’m doing“, mais je pouvais faire semblant de comprendre ce que je lisais, c’était marrant.

Autre temps fort de mes balades dans Kyoto, ma visite d’une boutique de papiers traditionnels japonais : Wagaminomise Morita Washi. Cette boutique est un temple de merveilles, dont chaque centimètre carré est exploité pour stocker des papiers tous plus beaux les uns que les autres. Formats, grains, couleurs, dessins à l’encre, pliages… Il y avait tellement à voir ! J’ai passé près de quarante minutes à tout observer et toucher avec de grands yeux écarquillés : je serais allée à l’attraction Harry Potter des studios Universal pas très loin que j’aurais été dans le même état, et la seule raison pour laquelle je ne suis pas restée plus longtemps est que la boutique allait bientôt fermer. Voilà voilà. Après ce moment fangirl intense, la bourse plus légère et le sac plus rempli, je suis repartie toute joyeuse récupérer mes affaires à l’auberge pour prendre mon bus de nuit vers Tokyo.

L’ambiance de Kyoto est assez particulière. La ville a beau être la deuxième plus importante du pays, elle reste agréable et a gardé de nombreux quartiers anciens à base de petites rues choupies, petites maisons choupies, et petites galeries choupies. On y croise beaucoup de jeunes japonais.e.s en tenues traditionnelles qui veulent se prendre en photo devant les principaux temples et sanctuaires : c’est aussi choupi. Brace yourself, il y a énormément de touristes et il faut être assez inventif pour se rendre dans les coins moins fréquentés et plus tranquilles. Heureusement, on trouve assez facilement de tels endroits pour se reposer de la foule, dans un sanctuaire en retrait perdu au milieu des arbres ou sur un ravissant petit chemin croisé au hasard !

De manière générale,  j’ai trouvé que Kyoto dégage une atmosphère hipster sympathique et une vie nocturne bien rythmée qui participe au charme d’ensemble et en fait une destination de choix. En une journée, on peut aller d’un vieux temple envahi par la foule à des petites ruelles résidentielles où pas un chat ne passe, en passant par le Chemin des Philosophes le long d’un canal en bordure de ville, et continuer de s’émerveiller lorsque l’on rentre par les lumières du quartier des Geishas le soir. En bonus, pour les amateurs de marche: la ville est entourée de montagnes et offre une multitudes de randonnées qui se terminent le plus souvent par de superbes points de vue.

N’hésitez pas à venir à Kyoto: pour profiter de la ville, vous n’avez besoin de rien d’autre que votre curiosité, et de bonnes chaussures de marche pour tous les temples et sanctuaires qui n’attendent que vous !

Retour vers le Futur

Toutes les bonnes choses ont une fin il paraît, et maintenant que mon périple japonais est terminé il est temps de mettre fin à ce blog. Je l’avais créé pour plusieurs raisons. D’abord, soyons honnête, pour ne pas avoir à répéter mille fois mes histoires à chacun.e: avec un blog, je n’ai pas à spammer ceux que ça n’intéresse qu’à moitié, et ceux qui veulent savoir ce que je fais de ma vie ou s’intéressent juste au Japon sont servis. Surtout, le but de la manœuvre était aussi de partager plus que de simples photos postées sur divers réseaux sociaux ; j’avais fait ce blog pour faire voyager avec moi celles et ceux qui seraient assez courageux pour me lire, et j’espère qu’il aura au moins rempli cet objectif. Le Japon est un pays merveilleux, et raconter mes histoires pour que d’autres puissent en profiter ne serait-ce qu’un moment m’a aussi fait très plaisir.

Difficile de faire des sélections de sujets à traiter tellement j’avais de choses à raconter – et puis quand je suis lancée, je n’y vais pas qu’à moitié – mais ça donne aussi l’occasion de raconter IRL toutes mes autres aventures que je n’ai pas eu le temps de partager avec vous ici !

Après six mois de vie en avance rapide, me voilà donc de retour au point de départ, mais six mois plus tard. L’expression retour vers le futur n’a jamais été aussi vraie.

Le point positif, c’est qu’après toutes ces expériences et ces bons moments passés dans le pays, le Japon reste à mes yeux plein de promesses. Même si ce n’est pas pour tout de suite, j’ai hâte de pouvoir y retourner, découvrir tout ce qui m’a échappé pendant ce premier séjour !

Je suis passée niveau deux, mais bien heureusement ça ne s’arrête pas là !

C’est un peu ça, la vie d’aventurière.

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Osaka, l’effervescence au quotidien

Avant de mettre les pieds à Osaka, tout le monde m’avait déjà prévenue: “tu vas voir, c’est pas pareil”, “j’ai pas trop aimé”, “y’a pas grand chose à faire” et autres joyeusetés, avec bien sûr le meilleur pour la fin: “mais bon, tu verras !” *insérer sourire amical mais pas franchement convaincu ni convaincant*. Si l’on en croit les touristes, c’est une ville pratique car proche de Kyoto et Kobe, mais où il n’y a pas grand chose à faire. Si l’on en croit les Japonais.es, c’est une ville où il fait surtout bon vivre pour la mafia, et où les gens ont un fort accent, voire parlent fort tout court, ce qui a l’air de bien faire marrer celles et ceux de la capitale. Que répondre face à tant d’enthousiasme ? Eh bien oui, “je verrai”, et j’ai même bien vu pendant mes quelques jours passés en ville: autant se rendre sur place mener l’enquête. Force était de constater que tout le monde avait toujours un avis sur Osaka, et pas toujours pour en chanter les louanges.

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Osaka, Enquête d’action

Et pourtant ! Et pourtant.

Entre cette ville, souvent citée comme l’équivalent de Marseille au Japon, et moi, ça a été un peu le coup de foudre. Bon. Peut-être pas instantanément pour être honnête: débarquée dans le froid à 5h30 du matin après un courte – ou longue, c’est selon – nuit dans le bus, je n’avais pas encore les idées très au clair face à l’imposante gare principale de la troisième ville du pays, entourée d’immeubles et de commerces fermés, dans un calme matinal rythmé par le bruit d’ouvriers déjà au travail. J’avais personnellement deux raisons pour avoir très envie de visiter Osaka: l’ouverture il y a peu d’une Arène Pokémon officielle – en plus du centre Pokémon – et l’Ataraxia Café, un café unique en son genre pensé pour les geeks, et réservé à un public exclusivement féminin. Les spécialités culinaires et les trucs culturels à visiter c’est marrant cinq minutes, mais c’est aussi important d’avoir de vrais objectifs sérieux dans la vie. En dehors de ces deux centres d’intérêt, je ne savais absolument rien de ce que la ville avait d’autre à offrir, mais ça suffisait pour m’avoir convaincue d’y passer quelques jours. Vive l’improvisation !

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Assez rapidement, lorsque l’on se plonge dans les rues d’Osaka, on comprend assez rapidement ce qu’elle a de déstabilisant. On y est loin de l’ambiance aseptisée que les autres villes japonaises transmettent si facilement, où tout le monde fait comme tout le monde, où les rues sont une succession d’avenues qui se ressemblent, bordées d’immeubles impersonnels, où tout est toujours inlassablement rangé, maîtrisé, et propre. Avec son atmosphère de ville du sud au caractère bien trempé, Osaka a du mal à se ranger dans les cases toutes préparées que la société japonaise a pour elle. C’est vrai, la propreté des rues laisse à désirer, et on doit faire face au regard peu avenant du type sur le trottoir qui interrompt sa conversation pour fixer la gaijin qui passe dans des quartiers pas trop bien fréquentés – mais avec des auberges pas chères ! Ici, ça s’interpelle, ça crie fort, ça se bouscule dans les rues étroites qui débordent d’activité, ça traverse au feu rouge – sacrilège !, ça mange en marchant – double sacrilège !, tout ça dans un joyeux bordel où l’on a tôt faire de perdre tous ses repères. Bref : Osaka est une bouffée urbaine d’air frais. C’est un vrai plaisir de déambuler dans ces galeries encombrées du centre ville, pleines de lumière, de couleurs et de vie, ou encore dans les vieilles rues traditionnelles du quartier populaire du Shin-sekai aux enseignes omniprésentes, qui s’éveille à la nuit tombée pour ne retrouver son calme que bien plus tard.

En termes de visites, autant être honnête, c’est vrai qu’on fait vite le tour des must-see référencés dans les guides. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de cette ville, peut-être pas assez touristique pour certains, et où pourtant il fait bon vivre. L’effervescence permanente crée un forme de convivialité qui n’est pas déplaisante. Pour tout vous dire, j’y ai préféré le quartier de l’Electric Town – temple des fans d’animés, de jeux vidéo et autres geekeries sympathiques – à son équivalent Tokyoïte, Akihabara. La taille réduite de la zone joue aussi sûrement sur ce sentiment de convivialité, mais il n’empêche que j’ai pris beaucoup de plaisir à m’y promener par une tiède après-midi ensoleillée. Tomber par inadvertance sur des petits temples et sanctuaires au détour de rues empruntées au hasard ajoute au charme de l’ensemble.

[Du coup, vu que tout était très “quotidien”, je me suis rendue compte que j’ai pris très peu de photos de la ville, et sur les rares que j’ai prises figurent de grandes avenues. Donc pas du tout ce dont je vous ai parlé… Mais bon… Comme ça vous viendrez voir par vous même !  Ou alors vous pouvez faire une demande à Google Sensei pour vous faire une idée. Au choix !

ごめなさい (⌯˃̶᷄ ﹏ ˂̶᷄⌯) !]

Ataraxia Café ou De l’existence de la perfection sur terre

Difficile de décrire ce petit bijou de perfection qu’est Ataraxia. C’était début janvier lorsqu’un de mes amis a voulu me montrer un article qui « pourrait m’intéresser » – doux euphémisme, quand tu nous tiens – à propos d’un café qui venait d’ouvrir à Osaka. Sauf qu’il ne s’agit pas de n’importe quel café : c’est le premier café qui s’adresse aux otakus de genre féminin. L’idée peut surprendre au premier abord, mais il faut savoir que la culture geek est très genrée au Japon. Ou plus exactement : tout est très genré au Japon, et la culture geek ne fait pas exception. Les quartiers geeks, comme Akihabara à Tokyo par exemple, sont conçus pour un public masculin, et les filles otakus se retrouvent mises à l’écart, reléguées dans les quartiers girly comme le Japon sait si bien les faire, ou bien tout simplement chez elles, seul lieu où elles sont à l’abri de tous ces clichés qu’on leur balance à la figure.

Mais ça, c’était avant.

Le site de l’Ataraxia Café l’explique très bien : partant du constat qu’il n’y a pas d’espace pour que les filles puissent geeker tranquillement dans leur coin, l’équipe a décidé de remédier à ce problème. Ataraxia n’est pas juste un café avec internet, quelques mangas, et des prises électriques : on peut aussi se faire plaisir en bossant sur ses cosplays ! Machines à coudre, grandes tables offrant des surfaces de travail adéquates, matériel pour coiffer ses perruques… C’est l’endroit idéal si l’on manque de place ou de matériel pour la confection de ses costumes. Le genre d’endroit qui fait plaiz quand on n’a pas de machine sous la main et une fat cape doublée à coudre pour la fin de la semaine. Par exemple.

[Photos prises sur le site]

Bien qu’ayant vraiment hâte de visiter ce lieu, j’avais trois réserves, ou plutôt questions avant d’y aller. L’article que j’avais lu parlais d’un quizz à l’arrivée pour tester les connaissances des nouvelles recrues sur leur culture geek. Le syndrome de la chasse à la fake geek girl n’était pas très loin, et je trouvais ça un peu dommage. Deuxième point, le café dit s’adresser aux filles, mais rien sur le site ne précise s’il s’agit de filles cis, ou si les femmes transgenre ou autres personnes qui ne se définissent pas selon le schéma binaire archaïque homme ou femme ou rien, sont inclues dans cette appellation – et connaissant un peu le Japon, autant dire que le doute sur ce sujet est plus que raisonnable. Troisième point, vu la tendance à rendre ultra girly tout ce qui touche de près ou de loin le mondre sujet perçu comme féminin, j’avais un peu peur de me retrouver dans un temple du kawaii. Je n’ai rien contre le kawaii, au contraire, mais quand tout se rapporte à ça, ça peut devenir lassant. Voire vraiment relou. Voire juste : non. Stop.

 Eh bien rien de tout cela mes braves !

 Ataraxia a été aussi parfait que ce que l’on pouvait s’imaginer ! La déco est sobre, avec une atmosphère cosy de nid douillet, le genre où l’on s’installe confortablement dans l’un des fauteuils pour ne plus jamais se relever. Point de quizz à l’arrivée – peut-être parce que je n’ai pas la tête à savoir répondre à un questionnaire pointu sur la culture geek nippone en japonais ? – et aucune agression visuelle kawaii à l’horizon. Les deux gentilles serveuses ne parlaient que le japonais, je n’ai donc pas pu me renseigner sur le cas des personnes non cis, mais l’endroit était tellement accueillant et sympathique que je leur laisse volontiers le bénéfice du doute. Dans la bibliothèque, on trouvait des mangas assez variés – les shojos n’y étaient pas en majorité – et des magazines de cosplay, pleins d’astuces, d’idées, de photos et d’infos. Alors c’était tout en japonais, mais il y avait de jolies images. Chacun à son niveau. Les tarifs aussi sont plus que raisonnables, et chaque personne reçoit à sa première visite une carte de fidélité – comme si on avait besoin de ça pour avoir envie de revenir !

J’ai passé une super soirée dans ce café, à lire et geeker en sirotant mes nombreux thés, dans une ambiance calme et chaleureuse. C’était un moment très agréable, et je souhaite vraiment que le concept se développe plus au Japon, voire vienne s’importer en France, où les filles manquent encore d’espaces safe pour s’adonner à leur mille et une geekeries. Je vous conseille vraiment trèèèèèss fortement d’y passer si vous êtes à Osaka !

Arène Pokemon

Un sage quelque part a sûrement dit un jour qu’on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie, et il n’avait pas tort puisque je n’ai pas pu me rendre à l’Arène Pokémon d’Osaka. En fait. Ô Rage ! Ô désespoir !

Pour celles et ceux peu familier avec l’univers Pokémon, les arènes dans le jeu sont les lieux où l’on affronte des champions Pokémon, pour décrocher le badge de l’arène. Une fois les badges des villes principales en poches, on peut aller prétendre au titre de Maître Pokémon en allant défier la Ligue et bla bla bla. Jusqu’à maintenant, Nintendo avait plusieurs Centres Pokemon dans le pays, qui sont en fait des boutiques plus ou moins grandes remplies de merchandising adorable. Ce qui change, avec cette arène, c’est qu’elle propose une expérience beaucoup plus immersive. Au lieu de venir entraîner votre Pokémon comme dans le jeu, c’est vous qui venez vous entraîner sur des mini jeux avec des Pokémon. Le centre est donc entièrement interactif, avec tout un tas d’activités sympas, histoire de passer des bons moments avec nos amis les Pokémon.

Sur le papier, ou l’écran, clairement, ça vend du rêve. Sauf que par divers concours de circonstances qui se sont produits à l’insu de mon plein gré, je n’ai pas pu y aller. Bonjour Tristesse. Quà cela ne tienne ça sera donc pour la prochaine fois ! 

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Attends moi Pikachu, j’ariiiiive !

Car il y aura une prochaine fois.

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Hiroshima, loin des mémoriaux

Après avoir batifolé bien comme il faut dans la neige de Sapporo, il était grand temps de rejoindre des températures moins hostiles. Qu’à cela ne tienne ! en quelques heures d’avion, je me retrouvais à Hiroshima pour quelques jours. Je n’avais pas vraiment de programme pour explorer la ville, mais j’étais sûre de vouloir éviter tout mémorial ou autre monument du même style dédié à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Au Cambodge, j’ai fait l’erreur de visiter le musée Tuol Sleng à Phnom Penh, ancien camp d’extermination S21 du régime khmer rouge ; je n’avais pas particulièrement envie de réitérer l’expérience à Hiroshima. Heureusement, la ville a d’autres choses à offrir, et j’ai eu de quoi m’occuper !

J’avais prévu de passer ma première nuit à l’aéroport, vu que mon avion arrivait vers 21h, et que l’économie d’une nuit d’auberge était plus que bienvenue pour mon budget. Je vais donc m’acheter de quoi dîner au konbini du hall sans me presser, avant de constater que tout est un peu beaucoup trop calme. Et pour cause, j’ai tout juste le temps de me rendre compte que mon vol était le dernier de la soirée car l’aéroport ferme pour la nuit, et de courir pour attraper le dernier bus en direction du centre-ville ! Me voilà donc à 22h30 devant la station d’Hiroshima et sans logement pour la nuit: ça promet. J’ai donc fait ce que tout.e japonais.e fait dans cette situation, et j’ai demandé à Google Sensei de m’indiquer les cafés internet les plus proches ! Pour moins cher qu’une nuit d’hôtel, ces cafés internet offrent des formules à l’heure de jour comme de nuit, et permettent de dépanner pour une nuit lorsque l’on est en déplacement. Expérience 100% japonaise garantie ! Au programme: on a un espace privé avec un ordi, accès à une immense bibliothèque de mangas à dispositions, et boissons illimitées. La plupart de ces cafés ont aussi des douches, ce qui est bien pratique.

Mon antre pour 8h, pile la place pour moi et mon sac !

Ce n’est certes pas le meilleur endroit pour dormir, mais l’expérience valait carrément le coup !  L’ambiance noctambule du lieu n’était pas pour me déplaire, avec une mention spéciale pour le petit déjeuner offert dans la formule. Le tout m’a permis de patienter tranquillement le temps que la nuit passe. Au petit jour, j’ai pu laisser mon sac dans l’auberge où je suis restée les nuits suivantes, et partir explorer la ville selon la bonne vieille formule de “je marche au hasard pour voir ce qu’il y a à voir“.

Mes pas m’ont mené dans le charmant Shukkei-en Garden, havre de verdure que j’ai découvert à la lumière d’un matin ensoleillé, et qui me confirme encore une fois que mon nouvel objectif dans la vie est d’avoir un jour mon propre jardin japonais.

J’ai passé un bon moment à Hiroshima, mais je trouve que la ville manque de charme, et reste assez impersonnelle. Il y a quelques coins sympas, comme le “Chemin de l’histoire”, Futaba no Sato, sur une colline au nord de la gare, qui propose de parcourir de nombreux temples bouddhistes et sanctuaires shinto pour une promenade au calme ; mais je n’ai pas réussi à vraiment pénétrer dans l’atmosphère de la ville. Il faut dire que les constructions sont récentes, et il y a donc surtout de gros bâtiments tous beaux tous propres, un peu trop à mon goût. Cela dit, en sortant un peu de la ville, on peut découvrir des endroits très agréables à visiter !

Les Hauts de Hurlevent ou la piste cyclable de Shimanami Kaido

Ambiance

Shimanami Kaido est une magnifique route qui relie six îles au nord d’Hiroshima, via autant de ponts suspendus impressionnants. Bordée tout du long  d’une piste cyclable, elle s’étend sur un peu plus de 70km entre les villes d’Imabari et Onomishi, et vaut carrément le détour pour la vue splendide qu’elle offre aux courageux cyclistes qui s’y aventurent ! Il y en a pour tous les goûts: on peut choisir de parcourir toute la distance en un seul jour ; de prendre son temps en faisant une étape dans un hôtel sur l’une des îles ; ou encore de n’en faire que la moitié et de retourner au point de départ via l’un des ferry qui longe la route. Les îles regorgent de coins sympa à visiter, si jamais vous décidez de prendre votre temps et de passer plus d’un jour sur la route. Chacun.e peut trouver la formule qui convient à ses envies ou capacités, et tout le monde peut en profiter ! La location de vélo se fait très facilement à l’un ou l’autre des points de départ, et en cas de problème on peut même laisser son vélo à l’un des terminaux de location le long de la route et choisir de terminer en bus.

En partant d’Onomishi, à 1h30 de train d’Hiroshima, j’avais prévu d’aller le plus loin possible vers Imabari. Il y a deux ferrys qui font chacun la moitié du trajet de la route, il fallait donc que je soit de retour à Setoda, ville à mi-chemin entre Onomishi et Imabari, en milieu d’après-midi pour attraper le dernier ferry qui ma ramènerait à temps au point de départ avant que le loueur ne ferme.

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Programme de la journée: I wanna ride my bicycle

Départ au petit matin vers 5h30, le temps d’arriver à Onomishi. Le loueur m’annonce que la journée va être venteuse, et effectivement, il ne s’est pas trompé ! Le vent m’a accompagné toute la journée, et a rendu la progression assez difficile à plusieurs reprises. Pour vous donner une idée, en étant face à la pente, il fallait donner de bons coups de pédales pour ne pas faire du sur-place. Et je ne vous raconte pas les côtes… Si bien que même sur du plat sans vent de face, je devait limiter ma vitesse pour ne pas être balayée par des vents latéraux qui me faisaient dévier de ma trajectoire. L’avancée était donc laborieuse la plupart du temps, en particulier sur les ponts particulièrement exposés,  mais les paysages que j’ai traversé valaient clairement l’effort !

La piste cyclable est très bien aménagée et toujours bien indiquée – impossible de se tromper de route – et on reste bien protégé de la voie rapide, en particulier à l’approche de et sur les ponts. Le kilométrage est indiqué régulièrement, ce qui permet d’évaluer facilement son avancée et de garder une bonne motivation. ça fait toujours plaisir de voir qu’on est passé de “Imabari – 74km” à “Imabari – 10 km”. Avec un climat plus clément, ça aurait parfait ! Du coup, si vous êtes dans le coin et que vous avez le choix  du jour, pensez à vérifier la météo – en gros, faites ce que je dis, pas ce que je fais #astuce1 

Malgré le vent, la pluie, et le froid, j’ai tout de même réussi à atteindre le dernier pont avant de devoir faire demi-tour jusqu’à Setoda ! J’avais gardé quelques épisodes de mes podcasts favoris pour me motiver dans les passages à vide #astuce2 Certains Japonais.es se demandent encore sûrement pourquoi i.el.ls ont croisé une cycliste qui rigolait toute seule sur son vélo en plein milieu d’une côte, mais ça m’a permis de parcourir pas mal de kilomètres beaucoup plus facilement. Résultat, j’ai pédalé pendant plusieurs heures, et je n’étais pas mécontente de m’asseoir dans le ferry qui m’a ramené jusqu’à Onomishi en fin de journée, mine de rien.

Si vous êtes dans la région, qu’il fait beau, et que vous aimez bien le vélo, n’hésitez surtout pas à faire un détour par cette piste cyclable, une très belle expérience en perspective !

Miyajima – et de deux !

Si vous êtes à Hiroshima, impossible de ne pas vous rendre sur l’île de Miyajima, admirer le torii flottant, renommé dans le monde entier. Le site fait parti des “trois plus belles vues du Japon”, les deux autres étant à Miyagi, visité en novembre, et Kyoto – d’où, spoiler, j’écris ces lignes. Two down, one to go ! 

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Faut dire que bon. La vue est effectivement pas trop mal.

L’île de Miyajima est sacrée dans la religion shinto: ici, interdiction de naître, mourir, ou abattre des arbres. Le torii a été construit au XIIème siècle et fait face aux marées depuis. A marée haute il donne cette impression de flotter au milieu de l’océan, tandis qu’à marée basse on peut facilement l’atteindre à pieds. Proche du torii, on trouve un immense sanctuaire sur pilotis, le Sanctuaire Itsukushima: à l’époque, il était interdit de mettre pied à terre en raison du caractère sacré de l’île, donc construire un sanctuaire sur pilotis était la seule solution #astuce3 

Miyajima est aussi recouverte d’érables japonais, momiji pour les intimes, ce qui fait que le symbole d’Hiroshima est une feuille d’érable – à ne pas confondre avec une autre feuille du même genre, je vous connais. En passant, la spécialité locale à base de petits gâteaux au sirop d’érable fait bien plaisir aux papilles aussi #astuce4 De nombreux.ses biches et cerf habitent l’île et se baladent un peu partout. Un panneau à la sortie du ferry avertit qu’il faut laisser les animaux tranquille, ne pas les nourrir et ne pas les toucher, du coup tout le monde se précipite pour les nourrir et les caresser sans vraiment se soucier de leur bien-être, ce qui est fort regrettable.

Pour les randonneurs, l’île abrite le Mont Misen, qui offre plusieurs chemins pour arriver jusqu’au sommet d’où on peut admirer la baie. Si vous ne vous sentez pas de vous lancer dans l’ascension d’environ une heure et demie – il faut dire qu’il y a beaucoup beaucoup de marches, et pas toujours régulières – un télécabine est là pour vous faciliter la tâche #astuce5 #toujoursplus

Le lieu est très touristique, mais pour de bonnes raisons, c’est l’endroit idéal pour une petite expédition d’une journée hors d’Hiroshima !

De retour très bientôt pour un article sur la ville que j’ai préféré visiter. Suspense… Stay tuned !

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La reine des neiges 2 : une licorne à Sapporo

D’après un vieux proverbe spinoziste, “C’est pas tout ça d’être en vacances, mais encore faut-il s’occuper adéquatement“. Enfin… disons que si Spinoza était dans le coin, il dirait la même chose à peu de choses près. Par conséquent, depuis le début du mois, j’ai fait mes adieux à ma résidence et mon université d’accueil, mes au revoir à tous les gens stylés que j’ai eu la chance de rencontrer, et je suis repartie sur la route avec mon bon vieux sac de rando à la découverte de la Nature. On ne change pas une équipe qui gagne !

Le but du principe, c’est de de profiter de chaque recoin du Japon que j’aurai le temps de découvrir d’ici la fin du mois. Je me suis donc organisée un petit circuit pas piqué des hannetons, qui a commencé le trente janvier par un trajet en ferry de dix-neuf heures, histoire de se mettre en jambes. Vous l’aurez deviné grâce au titre subtil de cet article, j’ai entamé mon voyage par une étape d’une semaine dans la ville de Sapporo, capitale d’Hokkaido, l’île du ch’nord du Japon. Hokkaido me faisait rêver pour son gigantesque parc naturel protégé qui propose des randonnées exceptionnelles, mais période hivernale oblige, aucune n’est vraiment accessible à cause de la neige. Un rapide coup d’œil dans le guide Lonely Planet Hiking in Japan me confirme qu’il faudra revenir à une autre saison pour profiter pleinement des paysages de l’île. Fort heureusement, pour compenser cette absence de promenades en pleine nature, il se trouve qu’en ce début de février, la ville de Sapporo tenait son soixante-septième Yuki Matsuri  – festival de la neige – un des festivals les plus populaires du Japon. La ville est aussi connue pour sa fameuse bière éponyme, compagne de nombreuses soirées nippones: entre sculptures de neige et promesses de bonne bière, tout s’annonçait pour le mieux, et j’avais hâte d’arriver !

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Wiiiiiiii ! Tous à Sapporo !

Axiome – Le bateau luxe

Pour se rendre à Sapporo depuis Tokyo, la solution la plus simple reste l’avion, mais vu que c’était plus de trois fois plus cher que le ferry, mon choix de moyen de transport a été vite vu. J’avais donc réservé par téléphone – en grande partie en Japonais, parce que je suis trop forte – une place sur un bateau au départ du port d’Oarai, au nord de Tokyo, avec arrivée prévue en fin de journée le lendemain. Température au départ: 5°. Température à l’arrivée: -10°. Ça jette un froid ! *rires* Vu que deux semaines plus tôt, quand j’avais regardé la météo, il faisait -20, j’ai accueilli les -10° à bras ouverts et le manteau bien fermé. Avec cinq épaisseurs et un look à faire pâlir Christina,  je pouvais rester dehors un peu: on fait avec les moyens du bord.

Le trajet en bateau s’est passé sans encombres, et même que je n’ai pas été malade une seule fois ! J’aurais peut-être pas dansé la Carioca toute la nuit, mais c’est déjà une grosse amélioration par rapport à d’habitude, où, si je ne suis pas en permanence sur le pont, je me teinte rapidement d’un vert digne du Hulk, avec l’envie de me jeter à l’eau. Niveau confort, tout était parfait, et vu qu’il n’y avait pas beaucoup d’autres voyageurs je me suis retrouvée toute seule dans un dortoir de 50 lits, tranquille. Bonus sauna dans la salle de bain : le grand luxe quoi. Finalement les dix-neuf heures sont passées assez vite, et j’ai trouvé facilement mon auberge le soir venu, toute contente à l’idée de passer une semaine entourée de neige.

Je suis arrivée à Sapporo plusieurs jours avant le début du festival, et j’ai pu me promener à loisir dans la ville et ses alentours pendant quelques temps, bravant le froid et les flocons, sans me lasser du bruit de la neige qui crisse sous mes pas.

Du coup : que faire pour s’ambiancer à Sapporo ?

Proposition I – Charlie and the Beer Factory

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Parlons peu, parlons bien. Sapporo et la bière c’est une longue histoire d’amour. Tout a commencé en 1876 quand le brave Seibei Nakagawa, Willy Wonka de son temps,  est revenu de son voyage éducatif en Allemagne pour fonder à Hokkaido la première brasserie du Japon. Depuis la marque s’est développée, avec des hauts et des bas, et les bières de la compagnie Sapporo sont toujours parmi les plus populaires dans tout le pays aujourd’hui. A la fin du vingtième siècle, la ville de Sapporo a ouvert le premier musée de la bière, permettant à tout un chacun de découvrir l’histoire de la bière au Japon, lors d’une visite récompensée par une sympathique dégustation.

Le musée est bien fait, avec une visite enrichissante et assez rapide, où l’on apprend tout un tas d’infos sur l’histoire de la bière de Sapporo et de celle de ses compétiteurs apparus quelques années plus tard. Histoire de la compagnie, explications sur le pourquoi du comment on fait la bière, et la situation de la bière Sapporo aujourd’hui… La dégustation finale vient compléter une expérience somme toute très agréable. Alors sans hésitation : tous au musée de la bière !

Proposition 2 – Moerenuma Park

En bordure ville siège le parc Moerenuma, conceptualisé par Isamu Noguchi, sculpteur/artiste/architecte/etc. et récemment ouvert en 2005.  Son objectif était apparemment de faire un parc qui ne serait qu’une seule sculpture. Malheureusement, l’artiste est décédé en 1988,  peu de temps après avoir passé un contrat avec le gouvernement local et réalisé une maquette pour le parc en 1988, mais son projet a tout de même réussi à voir le jour, lentement mais sûrement. Le parc a d’ailleurs reçu de très nombreuses récompenses pour son originalité et ses qualités esthétiques.

En hiver, le parc est entièrement recouvert de neige, ce qui rend la plupart de ses sculptures invisibles et transforme ses collines en terrain de jeu idéal pour toute personne équipée de skis, planches, ou luges. L’occasion pour moi de faire une belle promenade, pour une journée au calme dans ce joli parc.

Proposition 3 – Hokkaido et la culture Ainu

Il n’y a pas si longtemps que ça, dans notre propre galaxie, l’île d’Hokkaido était habitée principalement par les Ainu. Ce peuple du nord trouve ses racines sur Hokkaido, mais aussi sur l’île de Sakhaline, en Russie.  Le mot « Ainu » signifie humain, et se définie en opposition aux « Kamui », déités qui habitent toute chose de la nature sur lesquelles les Ainu n’ont pas de contrôle. On trouve donc des dieux de la nature – eau, feu, toussa ; des animaux ; des plantes ; des dieux protecteurs, dieux des lacs etc. Bref, à peu près tout ce qui n’est pas humain a son Kamui, auquel les Ainu adressent des prières quotidiennes. C’est un peu les Waterbender de la Tribu de l’Eau du Nord. La culture Ainu s’est progressivement constituée au cours du quinzième siècle, date à laquelle les Japonais entrent en scène. Everything changed when the Fire nation attacked. Une île pleine de ressources naturelles habitée par un peuple qui n’a rien demandé à personne et qui mène sa vie tranquillou ? La tentation était trop grande ! Trois siècles d’invasion et de guerres  plus tard, les Ainus perdent leur dernière bataille contre les Japonais en 1789.

S’ensuit une triste et malheureusement banale histoire de colonisation, entre oppression, discrimination et assimilation d’un peuple réduit à peau de chagrin suite aux violences institutionnalisées d’un État japonais qui aujourd’hui encore évite soigneusement d’évoquer le sujet, et surtout de prendre ses responsabilités. Mais on n’est pas mieux en France hein, je vous rassure ! des fois que…

Depuis quelques années, le gouvernement japonais essaie quand même de mettre en avant le patrimoine culturel ainu – on se demande à cause de qui il a disparu, tiens – et on trouve quelques musées de la culture Ainu sur Hokkaido, dont un très intéressant à Sapporo. Il y a également en ville quelques stands et boutiques tenues par des Ainus qui vendent divers produits artisanaux magnifiques. Ceux que j’ai rencontrés ne parlaient pas du tout anglais, donc la conversation est restée sommaire, mais je vous encourage vivement à vous renseigner sur cette culture extrêmement riche et intéressante, actuellement en disparition, ainsi que sur la situation actuelle des Ainus, dont la plupart vivent aujourd’hui dans une grande précarité. La page wikipédia est un bon début ! Cadeau.

Rien de tout ça dans les beaux discours policés du musée ou les brochures touristiques bien évidemment, mais je pense que c’est un pan important de la culture locale qu’il ne faut pas négliger, et dont il faut avoir conscience pour peu que l’on fasse preuve d’un minimum de curiosité, sans prendre pour acquis tout ce qu’« on » raconte.

Proposition 3 – Yuki Matsuri

Rentrons maintenant dans le cœur du sujet, le fameux festival de neige de Sapporo ! Tout a commencé au milieu du vingtième siècle, quand quelques étudiants de l’Université locale ont décidé de faire des sculptures de neige dans leur coin. Sans kickstarter ni campagne promo agressive sur un internet qui ne demandait encore qu’à être inventé, leur initiative fait le buzz et attire de nombreux curieux. C’est à partir de là que s’est construit une tradition devenue aujourd’hui institution qui attire plusieurs milliers de touristes chaque année. Tout s’organise sur trois sites. Le premier, en centre-ville, est celui où l’on retrouve les sculptures de neige les plus impressionnantes, pleines de créativité et de talent. Un second site, dans le quartier nocturne de la ville, est consacré aux sculptures de glace, de taille plus modeste, et faites pour la plupart par les commerces du coin. On trouve ainsi un bateau de glace Nikka, conçu par le bar du même nom un peu plus loin dans la rue. Et last but not least, en bordure de la ville on trouve un site de détente et sports d’hivers, pour les grands et les petits, avec des activités diverses principalement à base de glissades et bonhommes de neige.

Comme sculptures notables cette année, on trouvait une fresque géante Attack on Titan, avec un Titan sur le point de s’en prendre à l’Hôtel de ville de Sapporo ; une fresque à l’image du Shinkansen, pour célébrer l’arrivée du bullet train sur Hokkaido en mars 2016 ; et une fresque hommage à Dragon Ball Z, pour les trente ans de la franchise. Au milieu de tout ça, plein d’autres créations de taille plus modeste mais tout aussi géniales, et un concours organisé sur la semaine, qui permet d’observer des artistes en plein travail. Pour les plus frileux, des cabanons chauffés parsèment l’itinéraire afin de ne pas finir en statue de glace nous-mêmes.

Proposition 4 – Otaru et ses lanternes

A quelques kilomètres de Sapporo, et en parallèle du festival, le canal de la ville d’Otaru s’illumine de mille lanternes chaque année, pour le plus grand plaisir de tous. La ville entière est un hommage à Venise – canal oblige – et la spécialité locale l’artisanat du verre vénitien. Les boutiques regorgent de petites sculptures en verre, toutes plus charmantes les unes que les autres. Cela dit, artisanat + tourisme = prix en cons équence = eyes only.

Même si il y a avait un peu trop de monde à mon goût – beaucoup de bousculades, de piétinement… – c’est  une très belle destination pour une expédition d’une demi-journée hors de Sapporo.

Proposition 5 – Maruyama

Le dernier jour, avant de me rendre à l’aéroport, je suis allée me promener sur la montagne de Maruyama, facilement accessible à pied depuis le centre-ville. Au pied de la montagne, il y a le Zoo de la ville, pour les amateurs, ainsi qu’un joli sanctuaire, pour une marche paisible sous les flocons. On peut aussi tenter l’ascension de la montagne pour un peu plus d’une heure, et ainsi avoir une superbe vue sur la ville de Sapporo et ses environs. Si vous n’avez pas de chaussures à crampons ou de bâton de marche, pas de soucis ! on peut en emprunter gratuitement au point de départ, ce qui facilite grandement la montée et la descente, car figurez-vous que la neige, ça glisse ! Personnellement je n’ai découvert qu’on avait accès à ces bâtons qu’après mon aventure, mais je me suis bien amusée à glisser sur mes skis invisibles pendant la descente, chacun son truc. Au sommet, une gentille japonaise apparemment habituée, m’a donné des morceaux de noix écrasées à tenir dans ma main pour que les petits oiseaux du coin viennent se poser sur moi pour les manger. Je suis une vraie princesse Disney maintenant !

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Vous l’aurez deviné : j’ai passé une excellente semaine à Sapporo ! La ville a un petit côté ambiance soviétique qui m’a rappelé la ville de Nijni-Novgorod en Russie, en un peu plus chaleureux peut-être ? Le froid est moins polaire aussi, il faut bien dire. Le rapprochement est sans doute lié aux immeubles imposants, larges rues perpendiculaires, et au fait que le symbole de la ville soit une étoile rouge. Je vous laisse donc sur ces dernières photos de la ville, prise au cours de mes escapades tout au long de la semaine. Tout ça m’a donné encore plus envie de revenir à une saison différente, profiter des montagnes d’Hokkaido pour toujours plus d’aventures !

CQFD

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Japan vs Wild – De l’art de se compliquer la vie.

Coucou, vous vous souvenez de moi ? J’étais censée raconter ma vie sur ce blog régulièrement, mais il faut croire que je suis entrée dans la faille spatio-temporelle des vacances de noël. Un mois de silence radio plus tard, vous savez désormais que je ne blaguais pas quand je parlais d’hibernation la dernière fois. On ne rigole pas avec ces choses-là. Après m’être accoutumée à ne plus rien faire et avoir travaillé dur pour décaler mon rythme de sommeil à grand renforts de “si je me couchais à 5h du mat, c’est une bonne idée ça !”, janvier a repris ses droits. Le rouleau compresseur des exams de fin de semestre a fait effet, et je commence tout doucement ma cure de désintox suite à un nombre d’heures passées à la bibliothèque beaucoup trop important.

Mais ! – car il y a toujours un mais – je n’ai pas fait que larver pendant ces précieuses journées de fin décembre, même Jabba se bouge un peu de temps en temps: je suis aussi partie en randonnée. ça faisait longtemps ! Pour fêter noël comme il se doit, j’ai décidé de rendre visite au Mont Fuji, non pas pour tenter l’ascension du mont enneigé, mais pour l’admirer cette fois-ci depuis les montagnes environnantes. J’ai eu droit à deux jours de randonnées fortes en émotions, comme vous le découvrirez si vous continuez à me lire quelques minutes de plus. Un peu du genre “OMG SES VACANCES NE SE PASSENT PAS COMME PREVU ! CLIQUEZ POUR DECOUVRIR SES INCROYABLES AVENTURES, VOUS N’EN CROIREZ PAS VOS YEUX!”. Sans vouloir trop dramatiser bien sûr. J’ai aussi passé une journée à Nikko, un site classé Patrimoine Mondial par l’UNESCO, renommé pour ses nombreux temples et son beau paysage, à une centaine de kilomètre au nord de Tokyo. Au programme: détente, marche paisible, vacances posées. Sauf que ça aurait été un peu trop facile si ça s’était passé comme ça.

Commençons donc par le commencement, c’est-à-dire mon douloureux réveil à 5h du matin le 23 décembre suivi d’un non moins douloureux trajet dans le froid pour arriver jusqu’à la station de bus de Shinjuku, me traîner dans un bus, et me rendormir au plus vite. Deux heures plus tard, me voilà arrivée dans la charmante ville de Kawaguchiko ! Premier constat: il ne fait pas bien chaud. Kawaguchiko est la principale ville de la Région des cinq lacs, au nord du Mont Fuji. La plupart des touristes qui tentent l’ascension du Fuji-san passent par la ville avant et après leur aventure: le bus menant à la piste la plus empruntée par de là. Japon oblige, tout est donc très bien organisé pour accueillir les touristes, il y a plein d’activités proposées, des musées, des onsens – sources chaudes… L’ambiance est familiale, et la ville est un sanctuaire tout entier dédié au Fuji-san qui domine le paysage. Mais il n’y a pas que des lacs dans la région, il y a aussi et surtout des montagnes qui offrent de très sympathiques ballades, sur le papier. J’avais repéré deux circuits intéressants, promettant deux journées tranquilles de marche avec en bonus de belles vues sur le mont Fuji comme cadeau de Noël.

Arrivée à Kawaguchiko, je n’ai que quelques minutes à attendre avant de prendre le bus qui m’emmène de l’autre côté du lac de Kawaguchi, point de départ du premier circuit. Ambiance humide, on dirait que le jour refuse de se lever et insiste pour rester dans son brouillard matinal. Fuji, drapé dans un confortable édredon de nuages, retourne rapidement se coucher et disparaît du paysage. Je me retourne pour observer les montagnes derrière moi en essayant d’identifier laquelle de ces pointes est le Mont Kurodake, objectif du jour.

Il n’y a aucun panneau pour indiquer le point de départ de la randonnée, et il n’y a pas grand monde de sortie dans le village. Je décide de marcher en direction de la montagne en me disant que je ne peux pas fondamentalement me tromper de direction. C’est parti ! J’erre quelques minutes dans les rues vides avant de trouver par hasard un endroit qui ressemble à un début de sentier. Il faut croire que les randonneurs ne sont pas bien nombreux dans le coin. Toujours pas de panneau, mais un petit bâton rouge planté dans le sol au milieu d’un chemin qui semble s’enfoncer dans la forêt: il suffira d’un signe !

Ne pensons pas à ces films d’horreurs qui commencent sur un personne seule s’aventurant dans des chemins inconnus de tous

Assez rapidement, la pente s’accentue, et les petits bâtons rouges disparaissent complètement. Un peu comme les jeux hardcores qui se passent de tutoriel: t’as une manette, un écran… BIM ! à toi de jouer. Ici, t’as une forêt, un mont, à toi de trouver ta voie. Challenge accepted. J’ai une carte plus ou moins détaillée avec les chemins de rando du coin, et j’applique la théorie de “tant que je m’oriente vers le haut de la pente je peux pas complètement me tromper”. Avec la bande-son de Frozen dans les oreilles, période de noël oblige, la bonne humeur est au rendez-vous. Ce n’est pas si désagréable de marcher où bon me semble dans la forêt, et j’ai assez de marge niveau temps pour me permettre d’errer lors de l’ascension.

Je finis par tomber sur une rivière qui me permet de me situer sur la carte: je ne suis en théorie pas si loin du “chemin officiel” ! J’en retrouve d’ailleurs la trace en longeant puis traversant la rivière un peu plus loin. Je me dis même qu’avec un peu de chance, le chemin va rester visible à partir de maintenant. On y croit.

Merci la nature pour les repères faciles à trouver sur une carte

Quelques centaines de mètres plus loin, donc, toute trace de sentier disparaît à nouveau. C’est vrai que ça serait dommage que les gens puissent se repérer. ça fait une petite heure que je suis partie déjà, et je n’étais pas si mécontente d’avoir un chemin défini à suivre, en fin de compte. Il faut croire que le Japon a une toute autre idée de la randonnée. Bien bien bien. Je note.

Laissant mes pensées vagabonder, je me rappelle de mes cours sur les forêts japonaises et tout particulièrement leur faune diversifiée. Vous savez, les renards, les cerfs, les oiseaux… les sangliers… les ours… Et si je pensais aux ours alors que je suis seule dans une forêt ? En voilà une riche idée ! Par exemple, question choisie au hasard: est-ce qu’il y a des ours dans cette forêt-là ? Pendant nos excursions avec les cours, nos guides se baladaient toujours avec des clochettes pour faire fuir les animaux à notre approche – j’ai bien un sac qui grince sur le dos, mais l’impact sonore reste limité. Alors: ours ou pas ours ? Le joker “L’avis du public” n’étant pas disponible, mon cerveau arrive à la conclusion que ce n’est peut-être pas le meilleur moment de penser à ça. On va dire que non, hein.

De temps à autres, je suis sur ce qui ressemble à un chemin, mais on reste dans un flou artistique notable, et ce n’est pas toujours évident de trouver les meilleurs endroits pour avancer, la pente étant… pentue. J’avoue que parfois c’est relou, et je ne vais pas bien vite, mais sur les conseils d’Elsa, je “Let it go”  et poursuis à mon rythme. Je croise aussi sporadiquement des canettes vides abandonnées, – triste – signe que d’autres sont passé.e.s par là avant moi et que j’avance dans la bonne direction.

Croiser la seule clairière du coin quand il se met à pleuvoir: true story

Aux alentours de midi, changement d’ambiance. La pluie s’est dit qu’elle avait assez attendue comme ça et que c’était un peu trop facile jusqu’à maintenant. Je continue donc avec un bonus sol glissant ! La pente commence aussi sérieusement à s’accentuer, et il faut de plus en plus souvent que je m’agrippe aux arbres pour me hisser vers le haut. Cela dit, le sommet semble se rapprocher, et je ne désespère pas d’arriver jusqu’au fameux mont Kurodake. J’avance donc laborieusement mais avec détermination en faisant des câlins à tous les arbres que je croise.

On s’amuse bien !

Chemin faisant, je m’arrête net lorsque je perçois un mouvement dans mon champ de vision en amont, à deux cent mètres environ. Il m’a semblé voir un animal bouger, accompagné d’un faible bruit de feuilles mortes piétinées, et pas par moi. J’attends quelques secondes. Plus rien. Je reste immobile et à l’écoute, et lorsque je commence à me dire que je me suis trompée, le-dit animal se met à pousser des longs cris non identifiés. Impossible de déterminer ce que ça peut être: d’après ce que j’ai vu et le bruit qu’il fait, je dirais que c’est un renard, mais les seuls renards que j’ai croisé dans ma vie jusqu’à maintenant étaient silencieux. Je réfléchis sérieusement à la question existentielle: what does the fox say ? Parce que bon, si ça se trouve c’est un petit renard craintif, mais si ça se trouve trouve aussi c’est un tas de renards mécontents, ou je ne sais quelle autre bestiole sauvage de taille indéterminée pas enchantée à l’idée d’être dérangée par une gaijin de passage. Je ne bouge pas pendant plusieurs minutes, puis décide de faire discrètement un graaaaaaaaaaaaand détour en espérant que ça suffisse.

Je ne sais pas si vous avez déjà essayé d’être discret.e avec un sac qui grince et un tapis de feuilles mortes au sol, mais je pense que même Sam Fischer aurait du mal. Néanmoins, je me décale de plusieurs centaines de mètres sur le côté, aux aguets, et les cris finissent par cesser. A ce stade là, je ne suis pas entièrement sereine, pour être honnête. Je repense aux ours d’un peu plus tôt, et au fait que le terrain est beaucoup trop pentu pour que je puisse espérer m’éclipser rapidement dans une quelconque direction en cas de rencontre. J’analyse objectivement la situation, et ce n’est pas bien glorieux. Mais en même temps, je suis vraiment proche du sommet, et n’ai pas envie de m’arrêter en si bon chemin, après tous ces efforts. Je continue prudemment…

…Pour m’arrêter encore une fois quelques minutes plus tard, lorsque de nouveaux cris viennent briser un silence angoissant, mais préférable. Cette fois-ci je pense qu’il s’agit d’oiseaux, mais je reste clouée sur place pendant de longues minutes, jusqu’à ce que le silence revienne et se stabilise. Au moment où j’envisage de poursuivre, j’entends puis aperçois, beaucoup trop près de moi, deux sangliers qui trottinent gaiement pile à l’endroit où je pensais continuer de marcher. C’est comme on dit “la goutte d’eau qui fait déborder le vase”, il y a beaucoup trop d’animaux sauvages à mon goût, et il est grand temps de réévaluer la situation : je suis arrivée près du sommet malgré l’absence de marquage, ce qui est déjà pas mal, et la brume ambiante efface toute vue sur les alentours que le sommet aurait à offrir même si j’y arrivais. J’estime que c’est le moment de faire demi-tour et de retourner au village, tant pis pour Kurodake.

Il me reste encore une journée de randonnée, et la météo prévoit un temps dégagé, ça compensera la semi-réussite du jour. La descente s’est heureusement faite sans encombres et sans autre rencontre. Chemin faisant, je me remets tranquillement de mes émotions, Tolkien en tête: “Caradhras had defeated them“.

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 Jour.

Nuit (courte).

Jour.

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Demain est un autre jour ! Le lendemain, j’avais donc hâte d’entamer ma seconde excursion qui promettait une vue splendide sur Fuji-san. Départ au petit matin pour un trajet en bus qui laisse le temps à la brume de se lever, faisant place à un beau ciel bleu dégagé. J’ai prévu un circuit d’un peu plus de quatre heures au dessus d’un autre lac de la région, le lac Saiko. La descente se fait par un chemin différent de la montée pour plus de diversité, et comme le monde est bien fait, il y a aussi un arrêt de bus à l’arrivée pour me ramener tranquillement à Kawaguchiko le soir.

Sans grande surprise, à la descente du bus, aucun panneau pour indiquer où commence le sentier convoité. Comme la veille, j’erre un peu, fixe intensément ma carte de longues minutes, et finit par trouver au bout de plusieurs minutes le-dit chemin. On est reparti !

La carte indique une ascension d’environ deux heures jusqu’au mont Juni gatake: une belle pause déjeuner depuis là-haut en perspective ! Il faut croire que les japonais sont fâchés avec les panneaux et autres indicateurs de chemin pour les randonneurs, parce que ceux-ci disparaissent très rapidement, comme la veille. Qu’à cela ne tienne, j’avance donc grosso modo dans la direction du chemin sur la carte – note pour la prochaine fois, prendre une boussole -, et après quarante minutes à embrasser tous les arbres que je croise pour me frayer un chemin sur une pente peu accueillante, je finis par tomber sur un vrai sentier aménagé ! Comment aurait-il fallu arriver là depuis le point de départ ? Le mystère reste entier, mais je suis bien contente de m’y être retrouvée. Il y a des petits rubans rouges accrochés aux arbres par-ci par-là pour indiquer la voie, ce qui facilite l’avancée, je prends de l’altitude rapidement et j’ai déjà droit à une belle vue sur le mont Fuji derrière moi. Il fait toujours aussi beau, le chemin est facile à pratiquer: aurais-je enfin droit à ma promenade paisible de noël ?

Au bout d’un certain temps – trop court à mon goût, si vous voulez mon avis – ça devient vraiment, vraiment raide. Je me retrouve sur une petite corniche bien étroite, avec le vide sur ma droite, le vide sur ma gauche, et un chemin tellement raide devant moi que j’appréhende un peu. Le genre où il faut s’aider des mains pour avancer en se hissant vers le haut, avec de la terre meuble qui glisse sous les pieds. J’ai beau aimer la randonnée et les montagnes, je ne suis globalement pas sereine en altitude. ça ne m’empêche pas de faire de l’escalade, m’enfin j’évite généralement de me pencher au dessus du vide ou de regarder vers le bas. De toute façon, je ne redescends pas par le même chemin: je n’aurai pas à faire face à la pente plus tard, je peux donc regarder droit devant moi et continuer à avancer, je ne suis plus si loin que ça de l’arrivée.

Objectivement, ce passage délicat élève le niveau de la randonnée d’un cran: autant jusqu’à maintenant c’était sympathique, autant là je me dis que je n’emmènerais pas quelqu’un sans expérience sur ce sentier. Je m’étonne d’ailleurs que rien n’indique ce degré de difficulté sur les cartes et autres brochures touristiques, mais sur le coup je n’y pense pas plus longtemps que ça, et me concentre sur l’objectif du mont Juni-gatake, ayant hâte d’arriver au sommet profiter de ma pause déjeuner ! 

Le temps de maugréer un peu contre les gens qui ont tracé le circuit et qui ont encore une fois oublié de laisser des rubans rouges pour indiquer la voie pendant plusieurs centaines de mètre, je constate que je ne suis pas au bout de mes peines. Le terrain est de plus en plus rocailleux, et le chemin devient très étroit, se frayant un passage au milieu des rochers. Je ne suis pas fan de devoir parfois avancer sur des corniches, avec littéralement le vide sur ma gauche, et un rocher à coller au plus près sur ma droite, mais je me rassure une fois de plus comme je peux en me disant cela signifie que le sommet est proche. La positive attitude !

Kawaguchiko

A gauche, hors champs: le vide

Le paysage est aussi à couper le souffle, offrant une vue magnifique. L’absence de sérénité s’intensifie tranquillement mais se maintient au niveau de “c’est juste au mauvais moment à passer, c’est bientôt fini”. J’avance avec précaution essayant de regarder le plus possible droit devant moi, attendant que ça passe.

Sauf que ça ne passe pas. Je finis par tomber nez-à-nez avec une corde, qui indique qu’il va falloir escalader un peu la roche. Bien. Je déglutis, prends mon courage et la corde à deux mains et continue. La roche est sèche, et les pas ne sont pas difficiles: si c’était à faire au niveau du sol, je le ferais sans même y réfléchir. Sauf que je suis sur une montagne, sur des chemins escarpés, et qu’en dessous de moi ce n’est pas le sol qui m’attends, mais des pentes impraticables. Et ça, ça fait réfléchir. 

Au moins il y a des cordes pour s’aider. Maigre réconfort.

A partir de là, impossible de faire demi-tour, je sais que je ne pourrais pas faire face à la pente pour redescendre. Je n’ai plus qu’à continuer en persistant à espérer qu’il ne s’agit que d’un bref moment.  Après un enchaînement d’ascenseurs émotionnels du même genre, que je vous épargne mais qui semblaient interminables, je finis par arriver au sommet. Il était temps: les cartes indiquaient une ascension d’environ deux heures. Je ne sais pas ce qu’ils avaient fumé avant d’indiquer ces temps, mais il m’a fallut plus de trois heures, en avançant à un bon rythme. Je me retrouve dans la situation pas très confortable où il va falloir que je me dépêche un peu si je veux arriver en bas avant le passage du dernier bus. Car si cette partie là a été sous-estimée, cela veut dire que le chemin jusqu’au sommet suivant puis la descente vont également me prendre plus de temps que prévu. Je me réconforte en me disant qu’à partir de maintenant, le plus dur – la montée – est fait, le reste de la journée devrait être moins éprouvant.

Depuis le mont Juni-gatake, je devais rejoindre un autre mont pas très loin, pour ensuite redescendre sur le lac. Or, je vous le donne en mille: atteindre le second sommet s’est révélé encore plus désagréable que la première partie. Très rapidement, je me rend s compte que le chemin est tout aussi escarpé, rocailleux et au bord du vide que ce à quoi j’ai eu droit jusqu’à maintenant. Les passages où il y a besoin de cordes se multiplient, et vu que ce flan là de la montagne n’est pas exposé au soleil, le sol et la roche sont humides et donc glissants à certains endroits. C’est vrai que ça manquait ! J’étais pas déjà assez angoissée comme ça. J’envisage très sérieusement envoyer un message à quelqu’un pour indiquer où je suis partie en randonnée exactement, au cas où, mais ce serait reconnaître que la situation est assez dangereuse, et je préfère rester dans le déni. Après tout, je n’ai pas d’autre choix que de continuer maintenant.

J’ai fini par ranger mon appareil photo au fond de mon sac lorsque je suis arrivée à un endroit où j’ai du descendre à la corde au moins trois mètres de falaise, sur de la roche glissante. Je vais aussi vous abréger la suite de la randonnée, qui a continué d’être toute aussi dangereuse pendant encore plus de deux heures, avant de retrouver une descente “normale”, sur un chemin certes de montagne, mais praticable sans utiliser ses mains. A certains endroits, il y avait même des échelles de métal dans la roche, pour des parois de quelques mètres de haut à monter ou à descendre. Pour couronner le tout, la brume m’est tombée dessus peu de temps après, on n’y voyait plus qu’à quelques mètres devant soi, mais au moins ça cachait le vide…

A ce stade là, j’ai mis mon cerveau en mode off pour ne pas trop penser à la situation dans laquelle je m’étais mise, et conserver le peu de sang-froid qui me restait pour terminer enfin cette randonnée et rentrer à Tokyo profiter de mes vacances tranquilles. J’ai beau m’interroger, je ne comprends toujours pas comment on peut se retrouver face à des obstacles pareils sans que ça ne soit mentionné nulle part dans les guides ou autres brochures faisant la publicité des randonnées autour de Kawaguchiko. J’ai la chance d’avoir un peu d’expérience en montagne, mais certains passages sont clairement dangereux, et si j’avais su à l’avance ce qui m’attendait je ne m’y serais pas aventurée. Idem pour les temps de marche: la carte indiquait une heure trente pour la descente, il m’en a fallut presque trois, alors que pour le coup je n’ai fait aucune pause et j’ai même un peu couru sur la fin pour relâcher la tension et être sûre d’attraper mon bus – heureusement que j’avais de la marge d’ailleurs.

J’étais partie pour une marche tranquille afin de profiter d’un peu de temps libre pendant mes vacances de noël, je me retrouve avec six heures de stress dans une randonnée réservée à des grimpeur.se.s expérimenté.e.s et équipé.e.s pour des passages de pure escalade sur la roche sans aucune assurance. Je ne vous raconte pas le soulagement quand je me suis enfin assise dans le bus en direction de Tokyo pour retrouver enfin un peu de confort et relâcher la pression accumulée tout au long de la journée. Quelques heures de route plus tard, j’ai terminé cette journée du 24 décembre au fond de mon lit, à regarder Love Actually avec une glace pour me remettre de mes émotions.

Bref, tout s’est bien terminé, et après tout, j’ai eu le droit à ma vue imprenable de noël sur Fuji-san comme prévu. Même si j’aurais préféré éviter vivre une expérience aussi intense, j’ai réussi à me dépasser et à garder mon sans-froid tout du long. J’étais assez fière de moi après ces deux jours, et puis ça donne un Noël pas banal ! Et tout ça ne m’a pas empêché de repartir à l’aventure quelques jours plus tard, découvrir les magnifiques temples de Nikko lors de promenades plus paisibles !

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Automne des villes et automne des champs

La vie suit son cours à Tokyo. Le soleil, ponctuel, se retire doucement tous les soirs à 16h30, le froid a fini par rattraper la ville, écharpes et bonnets sont de sortie : l’hiver est là. Le mois de décembre n’a pas été uniquement le théâtre d’une invasion de sapins et décorations d’un Noël factice jusqu’à saturation, ou de l’attente frénétique du nouveau volet d’une certaine saga ;  il a également tenu compagnie à une fin d’automne paisible, toute en délicatesse. Même si les feuilles sont tombées des arbres, le ciel bleu reste de mise, et les vacances tant attendues sont enfin là pour nous rappeler les bienfaits de l’hibernation.

Pour changer un peu des posts thématiques – et pas du tout parce que je n’ai pas le temps de consacrer un post à chaque sujet – je me suis dit que j’allais rassembler plusieurs moments dans un seul article pour vous parler de ce que j’ai fait pendant ces derniers jours d’automne. Entre un jardin coloré, une baignade dans l’océan, le musée Ghibli, et un deuxième voyage dans la forêt de Karuizawa, j’ai été plutôt occupée, et ça serait dommage de ne pas partager tout ça avec vous !

Le jardin secret du Musée Nezu

Ça a beau faire plusieurs mois que je suis ici, je dois avouer que le musée Nezu est le premier musée tokyoïte dans lequel j’ai mis les pieds. Ce n’est pourtant pas l’offre qui manque, mais à force de se dire qu’on ira plus tard… Une professeure nous avait parlé de ce petit musée discret non loin du quartier de Shibuya, réputé pour son beau jardin japonais. D’ailleurs, fait assez rare pour être signalé, le site internet du musée est très bien, et propose des vues à 360° du jardin qui donnent envie. Je m’y suis rendue le premier weekend de décembre, pendant les derniers moments des “couleurs d’automne” offertes par la flore locale, érables japonais et ginkgo plus particulièrement. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’était haut en couleurs !

 

Dans le musée, il y avait une exposition temporaires intitulée “Récits illustrés, de la littérature courtoise aux nouvelles médiévales”. On pouvait y voir d’anciens rouleaux, livres, poèmes ou paravents, sur lesquels de célèbres contes et récits étaient dessinés, c’était magnifique ! Tout particulièrement leur manière de représenter l’eau, les arbres et les feuilles, c’était vraiment très beau. Au milieu des récits épiques, certaines histoires étaient assez drôle aussi. Il y avait par exemple un rouleau qui illustrait “Le Conte du Crapaud”, datant du XVIè siècle, et attribuée à un certain Tosa Mitsunobu.

C’est l’histoire d’un mec. Il est riche et construit une belle maison au dessus de celle d’un crapaud qui se retrouve bloqué: le drame ! Le crapaud apprécie moyen son nouveau voisin et rend alors la fille de la famille malade – apparemment les crapauds étaient plutôt balèzes à l’époque. Le père est bien triste et demande de l’aide à qui voudra bien sauver sa fille. Comme de par hasard, un pauvre paysan du coin découvre le crapaud, et après quelques négociations réussit à convaincre le propriétaire de détruire une partie de sa maison pour le laisser sortir. Le crapaud est bien content, la fille est guérie et a récupéré un mari donc elle bien contente par défaut, et le père bien content aussi en profite pour offrir la main de sa fille au paysan parce que la logique, du coup le paysan aussi est content. Tout le monde est content et c’est super. FIN.

Que de rebondissements ! Bref, les récits étaient pour la plupart divertissants et joliment illustrés.

En sortant du musée, je me suis promenée et me suis retrouvée par hasard dans la célèbre “Gingko Avenue”, une allée bordée de …. Gingkos – surprise. Les arbres jaunes étaient resplendissants !

Martine à la plage de Kujukuri

Autre moment sympathique de ce mois de décembre, je me suis rendue à la plage de Kujukuri, à l’est de Tokyo dans la préfecture de Chiba. A un peu moins d’une heure en voiture de la capitale, la plage est la deuxième plus longue du pays, et offre à ce qu’il parait de splendides levers de soleil. Un étudiant de ma classe ayant passé deux ans à l’université de la ville, il nous avait invité à découvrir les environs.

Histoire de marquer le coup, j’en ai profité pour me baigner dans l’océan avec un ami autrichien, malgré la fraîcheur ambiante. L’eau n’était d’ailleurs pas si froide que ça, autour de 16°, soit plus chaude que la température de l’air, et pas plus froide que la méditerranée à cette période de l’année, ce qui m’a – agréablement – surprise. En sortant de l’eau, on est allé se réfugier dans une piscine juste à côté, se réchauffer dans les bains chauds et le hammam, pour notre plus grand plaisir.  C’était une belle destination pour une excursion d’une journée !

Le musée Ghibli – plongée dans l’univers de Miyazaki

Incontournable de la culture nippone, le célèbre studio Ghibli a son propre musée dans Tokyo. Le studio a été créé dans le milieu des années 1980 par deux auteurs et dessinateurs de talent, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, afin de proposer des longs métrages d’anime, un genre abonné au format court jusque là. Je ne vous présenterai pas leurs filmographie onirique qui a en a marqué plus d’un. Si vous les avez vu, pas la peine de vous les présenter, et si non, je ne peux que vous encourager à vous plonger dans ces univers merveilleux, il y en a forcément un qui fera votre bonheur. Ici, tous les japonais connaissent le studio, et le temple Ghibli est donc une destination très prisée: les places se réservent jusqu’à trois mois à l’avance pour une date et un horaire précis.

A l’image du studio, le musée se concentre principalement sur l’art de Miyazaki plutôt que sur celui Takahata – que généralement peu de monde connait – ce qui peut s’expliquer par le fait que Takahata est plus un réalisateur qu’un dessinateur, il y a donc moins de travaux visuels à présenter. On trouve bien quelques références au Tombeau des Lucioles, mais c’est à peu près tout, tant pis pour les artworks du Conte de la Princesse Kaguya que j’aurais bien aimé regardé ! Le reste suffit laaaaaargement à me consoler.

Le musée est en forme de grande maison dans le style caractéristique du studio, et les visiteurs sont libres d’explorer l’ensemble dans l’ordre qu’ils.elles souhaitent. Le tout est bien pensé, il y a autant pour les jeunes que les moins jeunes, et l’exposition temporaire a été conçue par Miyazaki lui-même. Il s’agit d’une mise en abîme intelligente de son travail de dessinateur et conteur, avec des planches originales toutes choupies.

Je décline toute responsabilité quant à l’apparition intempestive de mains sur ces photos

Au deuxième étage, nous sommes amené.e.s à visiter le bureau reconstitué de Miyazaki, ses œuvres accrochées partout sur les murs. Chaque espace est investi, les supports sont variés – et magnifiques – il n’y a pas de cartel pour nous sortir de cette atmosphère si particulière et privilégiée. On l’imagine sans difficulté assis à son bureau pendant qu’on passe tellement l’ensemble est captivant. Il y avait également un fluffy chat-bus géant entouré d’une armée de boules de suie en peluche, mais pour une raison totalement injustifiée, éhontée, et scandaleuse, seuls les enfants étaient autorisés à pénétrer dans la zone pour en profiter. Merci la discrimination ! Je n’ai donc pu que les observer de loin s’amuser avec le chat-bus en se lançant des boules de suies… Le mépris est total. #jesuischatbus

Il y a également un cinéma qui projette des courts-métrages originaux d’une vingtaine de minutes. Ils ne sont qu’en japonais, mais il y a tellement de feels dans les films que, honnêtement, on a pas vraiment besoin de traduction. Celui que l’on a vu s’intitule Koro’s Big Day Out, où l’on suit les aventures d’un bébé chien qui se retrouve perdu dans les rues pour un jour, après avoir ouvert la barrière de la maison pour suivre sa maîtresse de cinq ans qui partait à l’école. Même si on sait que tout est bien qui finit bien, ça n’empêche pas de passer par toutes les émotions possibles et imaginables en l’espace d’un quart d’heure. L’effet Ghibli.

La mise en scène du musée est vraiment intelligente, et repose sur l’immersion du spectateur. On apprend beaucoup en observant, se baladant dans la maison au gré de nos envies. Pas de longues descriptions ou explications ennuyeuses comme on trouve dans beaucoup d’endroits, ce qu’on y voit est suffisant grâce à la grande diversité des supports et des contenus avec lesquels on peut interagir. Du coup, même si vous n’êtes pas forcément un grand fan de Ghibli – hérésiiiiiiiie – ce musée est à faire si vous passez par Tokyo à un moment ou à un autre. Des moments merveilleux garantis en perspective !

Karuizawa contre-attaque

Que serait un mois de décembre sans voyage d’études ? On se le demande ! Cette question restera un mystère, car bien heureusement on a eu droit à notre excursion de décembre. Pour ce dernier voyage d’étude de l’année, nos professeurs ont décidé de retourner dans la forêt de Karuizawa, deux mois après notre première visite. Lorsque l’on y était en octobre, la flore arborait encore de magnifiques couleurs automnales. C’était donc assez sympathique d’y retourner à la fin de la saison, pour constater par nous-mêmes les changements. Sans ces fifty shades of leaves, la forêt est tout de même restée très belle et très plaisante, et on y a passé à nouveau un bon moment pour s’y promener !

 

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Tu t’envoles, tu t’envoles, tu t’envooooooles ! ♪

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un autre de mes voyages d’étude, sauf que cette fois-ci, il s’agit d’un long weekend dans la préfecture de Miyagi, dans la maison de notre professeure. Long story short, elle est tellement cool qu’elle a invité ses seize élèves chez elle à ses frais et s’est arrangée avec la ville pour mettre un guide et un car à notre disposition pour la journée de samedi. Normal quoi. C’est un weekend qui m’en a mis plein les yeux, donc j’espère que vous êtes prêts parce que ça va y aller niveau photos !

La préfecture de Miyagi est juste au nord de celle de Fukushima, et si elle a évité une grande partie des radiations grâce aux vents après l’accident de 2011, c’est une des plus touchées par le séisme et le  tsunami qui a suivi. La ville de Matsuyamamachi où l’on se rendait est suffisamment loin dans les terres pour avoir évité les inondations, mais l’écosystème local et les terres agricoles ont mis longtemps à se remettre des dégâts du séisme. On remarque d’ailleurs de nombreuses maisons rénovées récemment en se promenant dans le village. La région est réputée pour son saké, mais aussi pour ses wetlands, zones humides où se retrouvent des milliers d’oiseaux migrateurs chaque année. On était tous très excités à l’idée d’aller rendre visite à ces oiseaux !

Pour vous situer Miyagi

♪ Fais comme l’oiseau ♪

On est arrivé à Matsuyamamachi par petits groupes le vendredi soir, histoire partager un repas convivial avec les deux BFF de notre professeure, deux agriculteurs du coin. L’un d’eux produit un excellent saké que l’on a dégusté: ça se boit tout seul tellement c’est doux ! – et un peu traître aussi, du coup. Comme de par hasard – oops ! – je me suis retrouvée à côté du plateau de fromage avec d’autres étudiants européens. On avait même du vrai pain ! Entre tout ça et la bière à la citrouille, autant vous dire qu’on a passé une très bonne soirée.

Le lendemain, le programme ne commençait pas avant midi, j’étais donc la seule réveillée à 7h. Surprise ! Impossible de résister à l‘appel du soleil dehors et de la belle lumière matinale, je suis allée me promener au gré des chemins que j’ai rencontré pendant deux petites heures en essayant de me repérer suffisamment pour retrouver la maison. Le village est très beau mais ça aurait été ballot de me perdre complètement tout de même.

 

Au programme de l’après midi: la visite de trois zones humides, avec à chaque fois une explication sur les différents oiseaux qui y habitent. De nombreux types d’oiseaux et d’oies séjournent dans la région pendant les périodes de migration, et ils prennent tous leur envol au coucher du soleil. Ces oiseaux communiquent beaucoup entrent eux, et se déplacent uniquement en famille. Les parents passent d’ailleurs de nombreuses heures à apprendre aux petits à voler, afin qu’ils deviennent assez forts pour survivre au dangereux trajet de la migrationIt’s a wild wild world ♪ On a aussi eu droit à la reproduction WTF d’un dialogue parents / enfant oiseaux par un spécialiste qui les observe depuis plus de trente ans. Le saviez-tu ? On peut facilement identifier les différentes espèces selon que le cri fait plutôt “ka ka kaaaa” ou “gaa gaaa” ! #protip Maintenant vous pouvez tous participer à Man vs Wild !

De rien.

Afin de permettre à ces oiseaux de bénéficier du meilleur environnement possible, de nombreuses mesures de conservation de ces zones humides sont mises en places par les autorités locales. Il est très important que la biodiversité soit respectée pour que tous puissent bien se reposer et reprendre des forces. En fin d’après-midi, notre guide avait prévu de nous amener à la dernière zone humide pile à l’heure du coucher de soleil afin d’observer l’envol de plus 50.000 oiseaux. On s’est donc retrouvé au bord de la zone humide, avec des oiseaux qui tournaient dans les airs à perte de vue, s’envolant par petits groupes à grands cris de “kaaa” et de “gaaa”. Pendant plusieurs minutes, nous avons donc été les spectateurs privilégiés de ce spectacle pas banal, un des plus beaux auquel j’ai pu assister jusqu’à maintenant !

♪ On dirait le Sud ♪

Après une telle journée, on aurait pu rentrer tranquillement à Tokyo le dimanche, mais ça aurait été dommage de s’arrêter en si bon chemin ! Ou pas, en fait, puisqu’on s’est littéralement arrêté sur le trajet pour découvrir la ville de Matsushima, en bord de mer – sacré plot twist ! Il s’agit officiellement de l’un des trois plus beaux sites du pays – les deux autres sont à Kyoto et Hiroshima – et le soleil était au rendez-vous ! Aucune raison de ne pas se dégourdir les jambes dans le coin.

La baie de Matsushima est remplie de dizaines d’îles, magnifiques à observer. Couvertes de pin parasols, on se croirait presque en Provence, et c’était bien agréable de se sentir un peu chez soi pendant quelques heures. L’odeur des pins, l’atmosphère paisible d’une journée ensoleillée en bord de mer… cette douce ambiance était parfaite pour profiter des belles couleurs de l’automne !

 

J’ai passé un weekend exceptionnel dans la préfecture Miyagi, dans une super ambiance, et j’aurais encore plein de petites anecdotes à vous raconter, mais on y serait encore demain si je me lançais. J’espère que toutes ces photos vous ont fait voyagé pour profiter aussi de ces expériences uniques !